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jeudi 28 mars 2019

Cueillette d'hiver (1) - Un jardin de Fleurs d'exils au 58 Parmentier

Dès janvier, quand sous un ciel bas la terre se reposait, des résidentes et leurs enfants semaient des souvenirs derrière les murs du centre d'hébergement d'urgence du 58 avenue Parmentier. 
Ananas, goyave, safran, pêche, manioc; etc ; fruits, feuilles et épices aux vertus sanitaires ou délicieuses, fleurs délicates de l'enfance ou fraise des pays de passage où parfois l'on est né.


Compte-rendu d'atelier de collecte de parole Fleurs d'exils au 58 Parmentier. ©Arysque


Ainsi, alors que le printemps précoce s'annonçait à peine, un jardin avait poussé tout à coup sur les murs d'une salle commune du centre : j'avais collé là quelques-unes des fleurs d'exils que nous avions cueillies avec Chiara Mezzalama dans le récits de ces femmes et de ces jeunes filles. 



Premières plantes du Jardin des Fleurs d'exils au 58 Parmentier. ©Arysque 

Le lendemain, en savourant du jus de bisab préparé par quelques mères, des résidents - surtout des enfants - ajoutaient au tableau des bonjour dans toutes les langues, des princesses, des signatures, de nouvelles plantes, parfois des coeurs brisés…  Puis, le pêcher d'un verger afghan où courait avant l'exil, une ribambelle de cousins joueurs.


ARySQUE

Collages et dessins lors d'un atelier Fleurs d'exils au 58 avenue Parmentier. ©Arysque. Photo : Mélodie Daumas

Collages et dessins lors d'un atelier Fleurs d'exils au 58 avenue Parmentier. ©Arysque. Photo : Mélodie Daumas


à suivre : 
Cueillette d'hiver (2). 
Lire la (T)erre

mercredi 7 novembre 2018

Les fleurs d'exils poussent aussi en automne

Petit à petit, l'oiseau fait son nid et les fleurs d'exils essaiment ça et là.

Avec nos exemplaires inachevés de l'ABCD'air des souvenirs fleuris et parfumés, Chiara, le Jardin partagé Truillot et moi, nous sommes allés nous promener du côté des associations du quartier. Nos bouquets de fleurs d'exils les ont séduites: elles commencent elles aussi à semer de ces plantes porteuses de pays et de mémoire.

Les personnes âgées accueillies au centre d'accueil de jour Marie de Miribel ont donc commencé à raconter et à se raconter, en commençant par parler entre elles d'un zygocactus ; ce qui tombe fort bien car nous manquions de plantes en Z… De leur côté, les familles résidentes du centre d'hébergement d'urgence Parmentier et d'autres associations démarrent tout juste leur semis. Nous attendons les premières radicelles pour le début 2019. 

En attendant, il faut que je vous parle de quatre nouvelles Fleurs d'exils qui ont poussé dans le CDI du lycée professionnel Paul Bert de Maisons-Alfort.
Les graines y ont été semées par une habitante du quartier Popincourt (75011) qui travaille dans cet établissement, et qui a découvert un questionnaire Fleurs d'exils dans une librairie du quartier, La Tête ailleurs.
En juin dernier, alors que je bouclais l'ABCD'air des souvenirs fleuris et parfumés, j'ai reçu les témoignages de Rammyia, Ana-Maria, Hawa et Yasmine. Mais je venais de boucler l'ABCD'air. Trop tard pour y mettre ces précieux témoignages !

“Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage”, dit le poète : sorties en début d'été, les quatre fleurs d'exils des collégiennes de Maisons-Alfort se sont finalement ouvertes en plein automne, au milieu des citrouilles. 

Or moi, qui ne suis guère voyageuse, j'ai découvert avec elles le monde fleuri du Sri-Lanka… 


… et les routes gorgées de soleil de Roumanie. 



J'ai cuisiné du couscous en Mauritanie…

et j'ai - quand même un peu -, regretté mon pays, en savourant une orange qui, pourtant, avait ici le même goût que là-bas.


Merci Rammyia, Ana-Maria, Hawa et Yasmine pour ces fleurs d'exils aux pétales si émouvants et merci aussi à Géraldine qui, au milieu des livres du CDI, en aura peut-être semé de nouvelles.
Les jardins sont ainsi:prometteurs et surprenants.

Si vous voulez me transmettre votre témoignage, le questionnaire en ligne est par là. 
ARySQUE











jeudi 20 septembre 2018

Racontez-nous votre fleur d'exils

Sur les murs du passage Beslay (Paris 11) - Jardin des connaissances ©ARySQUE 

Voilà un an que nous avons lancé la cueillette de témoignages dans le cadre du projet Fleurs d'exils, et cinq mois que nous ne sommes pas revenus sur ce blog. 
Beaucoup de travail, des belles vacances et une rentrée de dingue.
Mais dans ce “beaucoup de travail”, il y a eu surtout, beaucoup de Fleurs d'exils, ces plantes racontées par vos souvenirs.

Quand nous nous sommes laissés, nous venions de terminer notre premier atelier au collège Beaumarchais. C'est avec ces collégiens que nous avons terminé notre première série de collecte de témoignages, au cours de deux ateliers supplémentaires. A chaque fois, une heure de pause paisible et un brin hors du monde parce que nous étions 'hors du temps : chacun était plongé dans ses souvenirs et dans ceux des autres. 

Avec tout ça, nous avons fait un ABCD'air des souvenirs fleuris et parfumés qui regroupe une quarantaine de témoignages et pour lequel j'ai dessiné chaque plante au trait, avec à peine quelques fantaisies de couleur, de temps en temps, pas souvent… Sait-on jamais, si des enfants, petits ou grands, voulaient en faire des coloriages, laissons-leur un peu de place…
Vous pouvez découvrir cet ABCD'air en cliquant ici.




Avec l'écrivaine Chiara Mezzalama - ma comparse depuis le début de ce projet - nous avons aussi eu envie d'offrir notre narration à nous : le conte Fleur d'exils, dans lequel nous avons fait dialoguer ses textes et mes images. Il n'est pas publié en ligne, mais nous l'avons lu à plusieurs voix à deux reprises : 
- le 8 septembre pour l'inauguration du nouveau Jardin Truillot, avec la comédienne Anne Brissier (et après que des collégiens aient lu quelques témoignages devant la Maire de Paris),
- le jour de la Fête de l'été ("parfumée aux fleurs d'exils"), au Jardin partagé Truillot et avec la contribution des membres de l'association du même nom. Ce jour-là, des musiciens, des associations et des écoliers avaient d'abord présenté leurs propres créations autour de leurs fleurs d'exils. 





Enfin, bonne nouvelle : la cueillette n'est pas terminée, puisque nous avons imprimé dix exemplaires inachevés de l'ABCD'air des souvenirs fleuris et parfumés et qu'il va bien falloir terminer chacun d'entre eux, avec des mots et/ou des images.

Alors s'il y a dans votre vie une plante qui vous évoque immédiatement un souvenir ; si une fleur ou un arbre sont pour vous comme des "madeleines de Proust", il n'est pas du tout trop tard pour m'envoyer votre souvenir en remplissant ce petit questionnaire en ligne.
Merci.

ARySQUE

jeudi 2 novembre 2017

La Belle époque à l'ombre de l'arganier (Maroc)




Bien avant de venir s’installer à Paris, F. a grandi dans un petit village de la région de Tafraout, dans le Petit Atlas marocain. « C’est le seul endroit de la planète où poussent les arganiers ! », écrit-elle en retrouvant son enthousiasme enfantin, agitée par des souvenirs qui allument son regard. « Je vivais dans un petit village où tout le monde
se connaissait. Les femmes accomplissaient toutes les tâches lourdes
 : elles s’occupaient des travaux des champs, devaient aller chercher l’eau qu’on puisait à 15 km du village… Les hommes, eux, travaillaient dans les villes.
Comme les autres femmes, maman avait l’habitude de se réveiller à l’aube pour aller cultiver notre champ. Comme j’étais encore petite fille, elle m’emmenait avec elle.

À chaque fois que nous sortions toutes les deux, j’appelais à voix haute « Bizmaoune  ! Bizmaoune  ! ». Bizmaoune était ma chèvre et ma meilleure amie. Nous étions inséparables et avons grandi ensemble. Elle portait le nom d’un grand chanteur berbère de l’époque dont toutes les femmes du pays étaient amoureuses à cause de ses chansons romantiques. Ma chèvre était célèbre dans tout le village parce qu’elle portait le nom
de ce chanteur.

Immanquablement, Bizmaoune venait à ma rencontre avec joie et se frottait contre moi pour me dire que je lui avais manqué. À mon tour, je lui faisais des caresses et des bisous.
Le chemin qui menait à notre champ contenait beaucoup de montées et de descentes
et ma mère me prenait sur son dos tandis que Bizmaoune gambadait sans difficulté
en nous suivant. En arrivant aux champs, ma chèvre et moi nous précipitions vers notre meilleur ami
 : l’arganier. Bizmaoune sautait dans tous les sens pour manifester sa joie d’être là. De mon côté, je saluais mon arbre poliment avant de lui raconter par le détail tout ce que nous avions fait la veille, Bizmaoune et moi. 

Ainsi commençaient mes journées : Bizmaoune grimpait dans l’arganier et moi je restais
en bas, à jouer avec mon arbre et ma chèvre en bavardant sans arrêt, de tout et de rien.
Je leur racontais mes rêves et parfois même, je leur posais des questions. Bien sûr, l’arganier ne répondait pas et Bizmaoune se contentait de quelques « Maâ
 ! Maâ !»,
mais je ne me fâchais jamais et je croyais qu’ils me comprenaient. Tous les trois réunis, nous régnions sur la montagne
 !


Aujourd’hui, chaque fois que je retourne dans cette région, je m’y sens à mon aise. Bizmaoune n’est plus là mais l’arganier n’a pas changé et je lui rends visite chaque
été pour ramasser ses graines. J’ai encore cette impression étrange qu’il me reconnaît
et qu’il est content de me revoir. Quelle belle époque
 !" 

Cueillette d'hiver (2) - Lire la (T)erre au collège Beaumarchais

Il y a quelques mois, Céline Baliki, professeur de français au collège Beaumarchais, m'a contactée avec une idée : créer une chaîne ...