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samedi 2 décembre 2017

Des fleurs d'exils en salade de fruits



Le 12 novembre dernier à la librairie La Tête ailleurs, il y avait M., S., F., A., B. et ceux qui n’ont pas dit leur nom. C'était un atelier Fleurs d'exils et chacun a raconté la sienne. Le texte qui suit est éhontément copié sur leur récit, parfois même mot pour mot. 
Je ne doute donc pas que les invités du 12 novembre retrouveront ici des bribes de leur histoire et même leurs propres mots. Ils me pardonneront ce plagiat: nous jouions ce jour-là au jeu du cadavre exquis.
De plus, pour le confort de la narration et le plaisir d'écrire, j’ai ajouté quelques transitions de mon cru, j'ai même parfois brodé sans aucune gêne. Alors, si finalement leur souvenir n'a pas grand chose à voir avec ce récit-là, qu’ils me pardonnent aussi : j’ai composé avec leurs textes, une histoire en salade de fruits. La voici :

" Nous allions souvent dans les prés voisins cueillir de la mâche sauvage. J’aimais surtout celui où poussait le chêne. Le ciel autour de lui était très bleu et l’on entendait des rires au loin. Deux chats s’y promenaient.

Quand on rentrait de notre cueillette tout en discutant de la longue séance d’épluchage et de nettoyage qui nous attendait, j’admirais les glaïeuls, fiers et dressés, même quand il pleuvait à seau et que le vent faisait taper les volets. Ca et là flottaient les pétales froissés des coquelicots, exactement comme faisaient ceux qui poussaient derrière le grillage de mon école. 
Les bons jours, un troisième chat grimpait dans le platane de la basse-cour et affolait les poules qui partaient en débandade. Elles provoquaient un tel raffut que la balançoire protestait à son tour par des grincements furieux.

L’odeur sèche du buis qui montait dans la chaleur du soleil d’été marquait l’entrée du jardin. 
Juste avant d’atteindre les marches du perron, nous passions devant un petit buisson — « Un corête du Japon », me répétait-on souvent pour être bien certain que je ne l’oublierai pas—. Il était exactement de ma taille et je ne pouvais pas m’empêcher de le toucher : ses feuilles vert tendre, dentelées, douces et légères, ses fleurs comme de petits pompons jaunes d’or tout ronds et d’une couleur éclatante…

Au fond du jardin, mon frère s’était hissé à la cime du magnolia sans craindre ses branches, cassantes comme du verre. D'en haut, il observait les allées-venues de la maison et faisait provision des fruits fermes de son arbre-refuge. Dans quelques minutes, il les aurait transformées en grenades et exercerait son adresse au lance-pierres, en semant la terreur dans la communauté de lézards.


Prochain rendez-vous des ateliers Fleurs d’exils, le 10 décembre à 15 h, à l'occasion du Noël solidaire au Jardin partagé Truillot. Je vous en dis plus dans la semaine.  

ARySQUE


mardi 10 octobre 2017

Amourette parfumée au basilic

Quand G. a parlé à son père du projet Fleurs d’exils, Mohammad, habitant du onzième arrondissement de Paris, a tout de suite pensé au basilic iranien qui "-—à la différence de celui qui pousse en France en laissant retomber ses feuilles— tend les siennes vers le ciel". 
Il ne dit pas si son parfum embaumait le jardin de son enfance en Iran ; mais en évoquant cette aromatique légèrement citronnée, il respire celui de son adolescence.

Téhéran, 1960

Nous vivions dans une maison avec un grand jardin dans le quartier populaire de Téhéran, avec mes parents et mes frères et soeurs. Un grand mur nous séparait de chez la voisine, une femme de 55 ans, divorcée, qui avait une fille : Lili, cette belle jeune fille à la chevelure blonde… 
Ah Lili ! tout le monde était amoureux d’elle dans le quartier ! Du haut de mes 14 ans, je grimpais sur ce mur qui nous séparait pour l’observer et pour attirer son attention ; on s’aimait beaucoup ! Mais un jour, sa mère nous a surpris ! Elle est venue chez nous avec sa sœur pour se plaindre de moi auprès de mes parents. A la minute où j’ai compris que c’était elle qui toquait chez nous, je suis allé me réfugier dans ma chambre. 

Ma mère, Shahzadeh (Princesse en persan) ouvrit la porte. Heureusement, mon père n’était pas là… Vous imaginez : le fils de l’Ayatollah (un Ayatollah est un grand chef religieux en Iran) qui drague la voisine ?!
Comme je le disais, ma mère accueillit sa mère chez nous, lui offrit du thé à elle et à sa sœur, tout en écoutant leurs plaintes. De sa diplomatie la plus totale, elle réussit à les calmer en leur expliquant qu’elle allait me punir. C’est ainsi qu’elle vint me voir, une fois les voisines parties, pour me dire calmement, mais fermement, de ne plus recommencer. 


Je n’ai plus revu Lili, car au fond de moi je ne voulais pas décevoir ma mère : cette femme incroyable que j’admirais et que j’admire encore plus que tout. "

Etonnant hasard que l'arrivée de ce témoignage hier : lorsque nous démarrions ce projet Fleurs d'exils, nous parlions de l'album jeunesse de Chiara Mezzalama Le Jardin du dedans-dehors, qui raconte lui aussi l'histoire d'une fillette et d'un petit garçon, dans un jardin de Téhéran, à une autre époque. 
Si vous l'avez manquée fin septembre au jardin, Chiara revient jeudi 19 octobre à la librairie La Tête ailleurs.





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