mercredi 7 novembre 2018

Les fleurs d'exils poussent aussi en automne

Petit à petit, l'oiseau fait son nid et les fleurs d'exils essaiment ça et là.

Avec nos exemplaires inachevés de l'ABCD'air des souvenirs fleuris et parfumés, Chiara, le Jardin partagé Truillot et moi, nous sommes allés nous promener du côté des associations du quartier. Nos bouquets de fleurs d'exils les ont séduites: elles commencent elles aussi à semer de ces plantes porteuses de pays et de mémoire.

Les personnes âgées accueillies au centre d'accueil de jour Marie de Miribel ont donc commencé à raconter et à se raconter, en commençant par parler entre elles d'un zygocactus ; ce qui tombe fort bien car nous manquions de plantes en Z… De leur côté, les familles résidentes du centre d'hébergement d'urgence Parmentier et d'autres associations démarrent tout juste leur semis. Nous attendons les premières radicelles pour le début 2019. 

En attendant, il faut que je vous parle de quatre nouvelles Fleurs d'exils qui ont poussé dans le CDI du lycée professionnel Paul Bert de Maisons-Alfort.
Les graines y ont été semées par une habitante du quartier Popincourt (75011) qui travaille dans cet établissement, et qui a découvert un questionnaire Fleurs d'exils dans une librairie du quartier, La Tête ailleurs.
En juin dernier, alors que je bouclais l'ABCD'air des souvenirs fleuris et parfumés, j'ai reçu les témoignages de Rammyia, Ana-Maria, Hawa et Yasmine. Mais je venais de boucler l'ABCD'air. Trop tard pour y mettre ces précieux témoignages !

“Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage”, dit le poète : sorties en début d'été, les quatre fleurs d'exils des collégiennes de Maisons-Alfort se sont finalement ouvertes en plein automne, au milieu des citrouilles. 

Or moi, qui ne suis guère voyageuse, j'ai découvert avec elles le monde fleuri du Sri-Lanka… 


… et les routes gorgées de soleil de Roumanie. 



J'ai cuisiné du couscous en Mauritanie…

et j'ai - quand même un peu -, regretté mon pays, en savourant une orange qui, pourtant, avait ici le même goût que là-bas.


Merci Rammyia, Ana-Maria, Hawa et Yasmine pour ces fleurs d'exils aux pétales si émouvants et merci aussi à Géraldine qui, au milieu des livres du CDI, en aura peut-être semé de nouvelles.
Les jardins sont ainsi:prometteurs et surprenants.

Si vous voulez me transmettre votre témoignage, le questionnaire en ligne est par
ARySQUE











jeudi 20 septembre 2018

Racontez-nous votre fleur d'exils

Sur les murs du passage Beslay (Paris 11) - Jardin des connaissances ©ARySQUE 

Voilà un an que nous avons lancé la cueillette de témoignages dans le cadre du projet Fleurs d'exils, et cinq mois que nous ne sommes pas revenus sur ce blog. 
Beaucoup de travail, des belles vacances et une rentrée de dingue.
Mais dans ce “beaucoup de travail”, il y a eu surtout, beaucoup de Fleurs d'exils, ces plantes racontées par vos souvenirs.

Quand nous nous sommes laissés, nous venions de terminer notre premier atelier au collège Beaumarchais. C'est avec ces collégiens que nous avons terminé notre première série de collecte de témoignages, au cours de deux ateliers supplémentaires. A chaque fois, une heure de pause paisible et un brin hors du monde parce que nous étions 'hors du temps : chacun était plongé dans ses souvenirs et dans ceux des autres. 

Avec tout ça, nous avons fait un ABCD'air des souvenirs fleuris et parfumés qui regroupe une quarantaine de témoignages et pour lequel j'ai dessiné chaque plante au trait, avec à peine quelques fantaisies de couleur, de temps en temps, pas souvent… Sait-on jamais, si des enfants, petits ou grands, voulaient en faire des coloriages, laissons-leur un peu de place…
Vous pouvez découvrir cet ABCD'air en cliquant ici.




Avec l'écrivaine Chiara Mezzalama - ma comparse depuis le début de ce projet - nous avons aussi eu envie d'offrir notre narration à nous : le conte Fleur d'exils, dans lequel nous avons fait dialoguer ses textes et mes images. Il n'est pas publié en ligne, mais nous l'avons lu à plusieurs voix à deux reprises : 
- le 8 septembre pour l'inauguration du nouveau Jardin Truillot, avec la comédienne Anne Brissier (et après que des collégiens aient lu quelques témoignages devant la Maire de Paris),
- le jour de la Fête de l'été ("parfumée aux fleurs d'exils"), au Jardin partagé Truillot et avec la contribution des membres de l'association du même nom. Ce jour-là, des musiciens, des associations et des écoliers avaient d'abord présenté leurs propres créations autour de leurs fleurs d'exils. 





Enfin, bonne nouvelle : la cueillette n'est pas terminée, puisque nous avons imprimé dix exemplaires inachevés de l'ABCD'air des souvenirs fleuris et parfumés et qu'il va bien falloir terminer chacun d'entre eux, avec des mots et/ou des images.

Alors s'il y a dans votre vie une plante qui vous évoque immédiatement un souvenir ; si une fleur ou un arbre sont pour vous comme des "madeleines de Proust", il n'est pas du tout trop tard pour m'envoyer votre souvenir en remplissant ce petit questionnaire en ligne.
Merci.

ARySQUE

jeudi 5 avril 2018

Cueillette de fleurs d'exils au collège Beaumarchais


En décembre dernier, par un froid glacial, nous avions tenu notre dernier atelier Fleurs d’exils en plein air et découvert une sélection d’ouvrages Jeunesse qui parlaient de Biodiversité et d’exils. Des idées cadeau pour les fêtes.
Depuis, le froid nous a confinés à l’intérieur et plus précisément dans une salle de classe du collège Beaumarchais, avec l’écrivaine Chiara Mezzalama et deux enseignantes du collège — Céline Baliki et Béatrice Granier —. Là, nous avons accueilli 14 élèves de 11 à 14 ans pour un atelier d’écriture. Au programme : racontez-nous votre fleur d’exils, cette plante qui vous rappelle un souvenir et qui vous évoque un pays d’ailleurs… ou simplement cette plante que vous aimez et que vous voulez nous offrir avec des mots.

Il fallait donc écrire autour d’une plante.
Or, pour pouvoir écrire, il faut d’abord se plonger dans une ambiance — celle du récit que l’on veut construire — et savoir sentir et ressentir son sujet en utilisant ses 5 sens. 
Nous avons donc commencé par parler aux élèves des lumières qui traversent les arbres, par faire scintiller les milliers d’insectes et de particules végétale qui flottent dans le soleil les chauds après-midi d’été. Nous avons raconté les parfums, les textures, lu des textes gourmands qui dévoraient des mangues… Et tous les élèves, venus rapidement à l’heure du déjeuner après avoir avalé leur déjeuner au lance-pierres, se réunissaient autour de la table et respiraient ensemble l'essence de lavande, l’odeur des épices. Ils touchaient des pétales et des écorces en grignotant des olives… En quelques minutes, nous étions un peu comme au jardin : paisibles et hors du temps.

Ainsi mis en condition, les élèves ont écrit un premier récit et nous, profs et intervenants, nous étions bluffés : par la tendresse d’un texte, la précision d’un autre. Par les poètes qui se cachaient derrière beaucoup de jeunes. Ce n’était pas ce que nous attendions, c’était bien mieux ! 

Au deuxième atelier, ils ont creusé leur sujet. Certains avaient interrogé leur famille pour retrouver le nom des plantes ou des lieux et tous se sont mis à enquêter sur ces lieux et sur cette plante pour enrichir leur récit.

Au troisième atelier, les textes ne nécessitaient plus que de petites retouches, alors on s’est exercés à lire : son texte ou celui d’un autre, tout seul ou à deux.

Le samedi suivant, quelques-uns sont venus lire certains récits au public de la fête des Coccinell’Idées du Jardin partagé Truillot
Enfin, tous ou presque ont pu être présents le mardi soir pour la restitution complète de tous ces textes devant les parents et les copains du collège. Joli moment de poésie dans le réfectoire.

Je n’ai pas encore eu le temps de terminer le livret des Plantes d’exils du collège Beaumarchais et ne peux donc pas tout de suite vous faire découvrir les textes écrits par les élèves.  Dès que c’est prêt, je les mets en ligne.
En attendant, voici l’inventaire de leurs fleurs d'exils :



Ananas 
Cerise
Chêne
Citron
Cocotier
Jasmin
Lavande
Madd
Mimosa
Passiflore bleu
Physalis (amour en cage)
Saule pleureur
Rose
Tulipe

Merci à Adama, Ahmed, Anastasia, Anouk, Antoinette, Axel, Hippolyte, Kadia, Kady, Lili, Livia, Louis, Margot et Rafaël pour leurs textes et leur implication dans cette belle cueillette de fleurs d’exils.
Et merci à leurs enseignants, aux équipes pédagogiques et aux parents d’élèves qui ont permis la tenue de ces ateliers au sein du foyer socio-éducatif du collège Beaumarchais.
A bientôt pour le bouquet de fleurs d'exils de Beaumarchais.


lundi 11 décembre 2017

Aucassin, Nicolette et Hafiz

Chiara Mezzalama, ARySQUE et Veronika Ovchinnikova

Autant le dire tout de suite : Dimanche au Jardin partagé Truillot, rien ne s’est passé comme prévu. La pluie de la nuit et du matin avait transformé la terre sèche en boue collante, les trois barnums sensés nous abriter sont devenus un immense parasol de forain, la tempête rendait impossible l’installation que nous avions prévue et un dégât des eaux clouait chez elle l’une de nos comédiennes…

J'étais donc un brin tendue, voire égarée, en arrivant au jardin…  
Puis Demba a installé le parapluie géant, Veronika est arrivée avec son accordéon et Chiara s’est réjouie d’avoir quelques clochettes à se mettre au poignet pour tenir son rôle de Merliflette. 
On s’est dit qu’on se lancerait quand même. 
Du coup, Alexandre a sorti le micro, Cyril a dit « Pas de problème, je joue Aucassin » et Polska a pris le rôle de Nicolette. Les premiers enfants étaient arrivés alors on a lu à 4 voix Le Fabuleux amour d’Aucassin et Nicolette. Tout le monde a ri et je pouffais dans mon écharpe en essayant de continuer à lire mon texte délavé par une chute fâcheuse dans une flaque d’eau boueuse. 


C’était un moment délicieux et les artistes qui décoraient les pots pour les semis-cadeaux de La Clochette juste à côté de nous, ont rapidement levé le nez pour nous regarder raconter cette histoire abracadabrante d’une île où l’on accueille les naufragés à bras ouverts et où l’on se bombarde de légumes quand on se fait la guerre. 
Il faisait un froid glacial et humide et nous n’étions qu’une poignée d’irréductibles, transis mais finalement ravis d’être là, à découvrir la sélection de livres Jeunesse qui parlent d’exil et de biodiversité dans une ambiance pleine de chaleur, elle.


Pour l’écriture des Fleurs d’exils, soyons honnêtes : aucun questionnaire n’a été rempli. Comment aurions-nous pu, debout, les mains collées sur les gobelets en plastique remplis de thé ou de café chaud ? 
Pourtant, des fleurs d’exils, nous en avons cueillies… et des plus belles.

Hafiz El Sudani et ARySQUE

Parce que deux jours avant cet après-midi-là, nous avons appris la venue d’un invité-surprise : Hafiz El Sudani, exilé soudanais. Il était accompagné d’Audrey, du Collectif Dessins sans papiers. Hafiz était venu dédicacer le récit de son voyage depuis le Soudan, raconté dessin après dessin pendant les ateliers Dessins sans papiers qui tournent dans les centres d’accueil… Waow ! Quels dessins !
Surtout, Hafiz avait, en plus des exemplaires de son livre, apporté pour notre projet, le dessin de ses fleurs d’exils. Elles ne sont pas de celles que nous avons racontées jusqu’ici : celles-ci n’existent, je crois, que dans son âme de voyageur et elles sont magnifiques !

©Hafiz El Sudani

©Hafiz El Sudani

Alors ce matin, après mon petit-déjeuner, je me suis plongée dans le livre d’Hafiz El Sudani et j’en ai trouvé d’autres, des fleurs d’exils : 

©Hafiz El Sudani

Un vieux baobab, d'abord
«Ce baobab est un arbre très ancien. Il a le tronc creux, En hiver, on le remplit d’eau et on revient la chercher en été pour le désaltérer. Ces arbres peuvent vivre plus de 500 ans. En Afrique, ce sont des symboles de force et de longévité.»

Des Zaharate al khaleej
«La vie est tranquille au foyer (…) Moi, je descends dans le jardin. Il y a une vigne qui grimpe au mur et un petit arbre couvert de fleurs rouges. Quand je les regarde, je pense au jardin de ma maison au Soudan. C’est moi qui m’en occupais. J’avais planté des « zaharate al khaleej ». On les appelle des « roses » ici.»

Merci Hafiz. 
Nous sommes tous plus riches d’avoir respiré le parfum de tes fleurs d’exils.
Bienvenu chez nous et bienvenu au Jardin partagé Truillot. 

ARySQUE

samedi 9 décembre 2017

Les livres des Fleurs d'exils



Demain dimanche, à l'occasion du Noël vert et solidaire du Jardin partagé Truillot, nous tiendrons notre troisième atelier Fleurs d'exils.
Après une session à la librairie La Tête ailleurs en novembre où nous avions déjà lu à trois voix des bribes de textes parlant de plantes, rendez-vous demain au jardin avec les enfants.

Veronika Ovchinnikova rejoindra notre petite équipe de lectrices : nous serons donc quatre pour vous lire quelques extraits d'un très joli livre, le Fabuleux amour d'Aucassin et Nicolette, tiré d'une chantefable picarde.
Nous en profiterons aussi pour vous présenter quelques ouvrages Jeunesse qui parlent exil et/ou biodiversité et qu'on a choisis parce qu'on les aimait ou parce que la librairie La Tête ailleurs nous les a conseillés.

Egalement au programme de ce Noël vert et solidaire, la fabrication de semis-cadeaux pour les sans-abris, la découverte du Collectif Dessins sans papiers et du très joli livre d'Hafiz Al Sudani créé avec eux, et un goûter à partager… Entre autres choses.

A demain.
ARySQUE

samedi 2 décembre 2017

Des fleurs d'exils en salade de fruits



Le 12 novembre dernier à la librairie La Tête ailleurs, il y avait M., S., F., A., B. et ceux qui n’ont pas dit leur nom. C'était un atelier Fleurs d'exils et chacun a raconté la sienne. Le texte qui suit est éhontément copié sur leur récit, parfois même mot pour mot. 
Je ne doute donc pas que les invités du 12 novembre retrouveront ici des bribes de leur histoire et même leurs propres mots. Ils me pardonneront ce plagiat: nous jouions ce jour-là au jeu du cadavre exquis.
De plus, pour le confort de la narration et le plaisir d'écrire, j’ai ajouté quelques transitions de mon cru, j'ai même parfois brodé sans aucune gêne. Alors, si finalement leur souvenir n'a pas grand chose à voir avec ce récit-là, qu’ils me pardonnent aussi : j’ai composé avec leurs textes, une histoire en salade de fruits. La voici :

" Nous allions souvent dans les prés voisins cueillir de la mâche sauvage. J’aimais surtout celui où poussait le chêne. Le ciel autour de lui était très bleu et l’on entendait des rires au loin. Deux chats s’y promenaient.

Quand on rentrait de notre cueillette tout en discutant de la longue séance d’épluchage et de nettoyage qui nous attendait, j’admirais les glaïeuls, fiers et dressés, même quand il pleuvait à seau et que le vent faisait taper les volets. Ca et là flottaient les pétales froissés des coquelicots, exactement comme faisaient ceux qui poussaient derrière le grillage de mon école. 
Les bons jours, un troisième chat grimpait dans le platane de la basse-cour et affolait les poules qui partaient en débandade. Elles provoquaient un tel raffut que la balançoire protestait à son tour par des grincements furieux.

L’odeur sèche du buis qui montait dans la chaleur du soleil d’été marquait l’entrée du jardin. 
Juste avant d’atteindre les marches du perron, nous passions devant un petit buisson — « Un corête du Japon », me répétait-on souvent pour être bien certain que je ne l’oublierai pas—. Il était exactement de ma taille et je ne pouvais pas m’empêcher de le toucher : ses feuilles vert tendre, dentelées, douces et légères, ses fleurs comme de petits pompons jaunes d’or tout ronds et d’une couleur éclatante…

Au fond du jardin, mon frère s’était hissé à la cime du magnolia sans craindre ses branches, cassantes comme du verre. D'en haut, il observait les allées-venues de la maison et faisait provision des fruits fermes de son arbre-refuge. Dans quelques minutes, il les aurait transformées en grenades et exercerait son adresse au lance-pierres, en semant la terreur dans la communauté de lézards.


Prochain rendez-vous des ateliers Fleurs d’exils, le 10 décembre à 15 h, à l'occasion du Noël solidaire au Jardin partagé Truillot. Je vous en dis plus dans la semaine.  

ARySQUE


vendredi 17 novembre 2017

"Je me souviens du moins"




Ce dimanche, il a tant plu qu'il n'y eut pas moyen de tenir cet atelier-là en plein air. La pluie et le vent s'étaient donnés rendez-vous au Jardin partagé Truillot depuis la nuit précédente et la terre était détrempée. Eole furieux nous envoyait des trombes de flotte régulièrement et faisait voler les abris de fortune.

Alors on s'est retrouvés à quelques centaines de mètres de là, à la librairie La Tête ailleurs. Nous fûmes un brin à l'étroit et les chaises ont été vite prises d'assaut. On avait rapidement branché et réglé les accompagnements sonores du plan B. Franchement, j'avais le trac.

Et puis avec Anne Brissier et Chiara Mezzalama, nous avons commencé à raconter ce petit cadavre exquis de morceaux choisis de bribes littéraires qu'on aime infiniment et qu'on voulait partager… Pour la langue, pour la musique, pour les lumières, pour les couleurs et pour les parfums.

Si vous n'étiez pas là, si vous avez manqué le début ou la fin, ou si vous avez juste envie de relire tout ça à tête reposée, le livret de cette narration est disponible en cliquant sur l'image :




Ensuite, nous avons cueilli quelques fleurs d'exils qu'il faut encore que je déflore. Déjà, la première lecture dit combien est intime notre rapport aux plantes. Je vous raconte bientôt.

A bientôt, donc.

ARySQUE


jeudi 9 novembre 2017

Un jardin sans âge (atelier Fleurs d'exils)

Dans un jardin dévasté, un homme s’étiole et meurt sous une pluie de fleurs. Des années plus tard, on viendra restaurer ce jardin saccagé et goûter avec gourmandise ses fruits juteux. Alors, à mesure que l’on voyagera dans l’espace et dans le temps, on se souviendra, dans les pierres envahies par les herbes folles, au milieu des champs de cannes de Maurice ou à la vue d’un coquelicot dressé, des différentes époques de ce jardin universel.

Surréaliste le récit que nous vous raconterons dimanche avec Anne Brissier et Chiara Mezzalama ? Sans aucun doute : il est construit comme un cadavre exquis qui fait jouer ensemble 12 extraits de 11 romans. 

C’est donc avec cette lecture inédite que nous démarrerons les ateliers d’écriture de Fleurs d’exils. 
Ensuite, à vous la plume pour répondre avec vos mots au petit questionnaire de Fleurs d’exils ci-dessous (auquel vous pouvez me répondre par mail si vous ne pouviez pas venir dimanche et que vous pouvez partager sans modération pour qu'on m'envoie des histoires).




Pour écouter le récit de ce Jardin sans âge, 
rendez-vous dimanche prochain à 15h
au Jardin partagé Truillot
Dans le square des moines de Tibhirine, 
en face de l’église Saint Ambroise, Paris XI

(En cas de pluie, lecture et atelier seront déplacés à 
la Librairie la Tête ailleurs, 42 rue de la Folie Méricourt, à deux pas)



Liste des romans cités (dans l’ordre de lecture) :

Marie N’Dyaye, Trois Femmes puissances
Duong Thu Huong, Myosotis
Gabriel Garcia-Marquez, Cent ans de solitude
Audur Ava Olafsdottir, Rosa Candida
Marcel Proust, Du Côté de chez Swann
Grazia Deledda, Roseaux au vent (non publié en français)
Christian Bobin, Une Bruit de balançoire
Gaël Faye, Petit pays
Albert Camus, Noces à Tipasa
J.- M.- G. Le Clézio, Alma
Homère, L’Odyssée

Lectures
Anne Brissier, comédienne et lectrice sur France Culture
Chiara Mezzalama, écrivaine (Le Jardin du dedans-dehors, Ed. des Eléphants)
ARySQUE, artiste (Passage Beslay-Le Jardin des connaissances)



lundi 6 novembre 2017

Atelier d'écriture de fleurs d'exils cette semaine !



"(…) la vue d'un seul coquelicot hissant au bout de son cordage et faisant cingler au vent sa flamme rouge, au-dessus de sa bouée graisseuse et noire, me faisait battre le cœur, comme au voyageur qui aperçoit sur une terre basse une première barque échouée que répare un calfat, et s'écrie, avant de l'avoir encore vue : "La mer !"" Marcel Proust. Du Côté de chez Swann.

La fleur d'exils est une fleur mémorielle. Elle n'est pas seulement un parfum, une couleur, une vibration. Elle porte des émotions, fait voyager dans le temps et prend souvent racine dans l'enfance. Arganier ou basilic, plante rare ou commune, les premiers récits publiés ici témoignent de ce pouvoir des fleurs d'exils.

En littérature également, les plantes ne sont pas des éléments de décors: elles portent un sens, un souvenir, un espoir… Voyez flotter au vent le coquelicot de Proust doté de corde, fanion et bouée qui dessinent ensemble un petit voilier !

Pour le deuxième atelier Fleurs d'exils qui se tiendra dimanche prochain au Jardin partagé Truillot, nous avons choisi de faire découvrir quelques extraits de romans qui nous parlent de plantes. On retrouvera Proust, Bobin, Le Clezio, Deledda et quelques autres. 

En plus de Chiara Mezzalama et de moi-même, Anne Brissier, comédienne et lectrice sur France-Culture, viendra prêter sa voix et son talent à ces textes courts qui sentent l'encre autant que la nature.

Ensuite, vous pourrez nous raconter vos propres fleurs d'exils et si vous n'êtes pas à l'aise pour les écrire, on vous prêtera main forte. Enfin, vos enfants et vous pourrez mettre en couleurs quelques-unes des fleurs d'exils cueillies lors du premier atelier de fin septembre pour continuer de décorer le passage Beslay.



Rendez-vous au Jardin partagé Truillot le 
dimanche 12 novembre, à 15h
(dans le Jardin des moine de Tibhirine, en face de l'église Saint-Ambroise. Paris XI).
En cas de pluie, l'atelier sera déplacé à la Librairie La Tête ailleurs, 42 rue de la Folie-Méricourt


ARySQUE

jeudi 2 novembre 2017

La Belle époque à l'ombre de l'arganier (Maroc)




Bien avant de venir s’installer à Paris, F. a grandi dans un petit village de la région de Tafraout, dans le Petit Atlas marocain. «C’est le seul endroit de la planète où poussent les arganiers !», écrit-elle en retrouvant son enthousiasme enfantin, agitée par des souvenirs qui allument son regard. «Je vivais dans un petit village où tout le monde
se connaissait. Les femmes accomplissaient toutes les tâches lourdes
: elles s’occupaient des travaux des champs, devaient aller chercher l’eau qu’on puisait à 15 km du village… Les hommes, eux, travaillaient dans les villes.
Comme les autres femmes, maman avait l’habitude de se réveiller à l’aube pour aller cultiver notre champ. Comme j’étais encore petite fille, elle m’emmenait avec elle.

À chaque fois que nous sortions toutes les deux, j’appelais à voix haute « Bizmaoune  ! Bizmaoune  ! ». Bizmaoune était ma chèvre et ma meilleure amie. Nous étions inséparables et avons grandi ensemble. Elle portait le nom d’un grand chanteur berbère de l’époque dont toutes les femmes du pays étaient amoureuses à cause de ses chansons romantiques. Ma chèvre était célèbre dans tout le village parce qu’elle portait le nom
de ce chanteur.

Immanquablement, Bizmaoune venait à ma rencontre avec joie et se frottait contre moi pour me dire que je lui avais manqué. À mon tour, je lui faisais des caresses et des bisous.
Le chemin qui menait à notre champ contenait beaucoup de montées et de descentes
et ma mère me prenait sur son dos tandis que Bizmaoune gambadait sans difficulté
en nous suivant. En arrivant aux champs, ma chèvre et moi nous précipitions vers notre meilleur ami
: l’arganier. Bizmaoune sautait dans tous les sens pour manifester sa joie d’être là. De mon côté, je saluais mon arbre poliment avant de lui raconter par le détail tout ce que nous avions fait la veille, Bizmaoune et moi. 

Ainsi commençaient mes journées: Bizmaoune grimpait dans l’arganier et moi je restais
en bas, à jouer avec mon arbre et ma chèvre en bavardant sans arrêt, de tout et de rien.
Je leur racontais mes rêves et parfois même, je leur posais des questions. Bien sûr, l’arganier ne répondait pas et Bizmaoune se contentait de quelques « Maâ
! Maâ!»,
mais je ne me fâchais jamais et je croyais qu’ils me comprenaient. Tous les trois réunis, nous régnions sur la montagne
!


Aujourd’hui, chaque fois que je retourne dans cette région, je m’y sens à mon aise. Bizmaoune n’est plus là mais l’arganier n’a pas changé et je lui rends visite chaque
été pour ramasser ses graines. J’ai encore cette impression étrange qu’il me reconnaît
et qu’il est content de me revoir. Quelle belle époque
!" 

mardi 10 octobre 2017

Amourette parfumée au basilic

Quand G. a parlé à son père du projet Fleurs d’exils, Mohammad, habitant du onzième arrondissement de Paris, a tout de suite pensé au basilic iranien qui "-—à la différence de celui qui pousse en France en laissant retomber ses feuilles— tend les siennes vers le ciel". 
Il ne dit pas si son parfum embaumait le jardin de son enfance en Iran ; mais en évoquant cette aromatique légèrement citronnée, il respire celui de son adolescence.

Téhéran, 1960

Nous vivions dans une maison avec un grand jardin dans le quartier populaire de Téhéran, avec mes parents et mes frères et soeurs. Un grand mur nous séparait de chez la voisine, une femme de 55 ans, divorcée, qui avait une fille : Lili, cette belle jeune fille à la chevelure blonde… 
Ah Lili ! tout le monde était amoureux d’elle dans le quartier ! Du haut de mes 14 ans, je grimpais sur ce mur qui nous séparait pour l’observer et pour attirer son attention ; on s’aimait beaucoup ! Mais un jour, sa mère nous a surpris ! Elle est venue chez nous avec sa sœur pour se plaindre de moi auprès de mes parents. A la minute où j’ai compris que c’était elle qui toquait chez nous, je suis allé me réfugier dans ma chambre. 

Ma mère, Shahzadeh (Princesse en persan) ouvrit la porte. Heureusement, mon père n’était pas là… Vous imaginez : le fils de l’Ayatollah (un Ayatollah est un grand chef religieux en Iran) qui drague la voisine ?!
Comme je le disais, ma mère accueillit sa mère chez nous, lui offrit du thé à elle et à sa sœur, tout en écoutant leurs plaintes. De sa diplomatie la plus totale, elle réussit à les calmer en leur expliquant qu’elle allait me punir. C’est ainsi qu’elle vint me voir, une fois les voisines parties, pour me dire calmement, mais fermement, de ne plus recommencer. 


Je n’ai plus revu Lili, car au fond de moi je ne voulais pas décevoir ma mère : cette femme incroyable que j’admirais et que j’admire encore plus que tout. "

Etonnant hasard que l'arrivée de ce témoignage hier : lorsque nous démarrions ce projet Fleurs d'exils, nous parlions de l'album jeunesse de Chiara Mezzalama Le Jardin du dedans-dehors, qui raconte lui aussi l'histoire d'une fillette et d'un petit garçon, dans un jardin de Téhéran, à une autre époque. 
Si vous l'avez manquée fin septembre au jardin, Chiara revient jeudi 19 octobre à la librairie La Tête ailleurs.





Les fleurs d'exils poussent aussi en automne

Petit à petit, l'oiseau fait son nid et les fleurs d'exils essaiment ça et là. Avec nos exemplaires inachevés de l' ABCD'a...